avr 18

Twitter, les femmes et les conversations

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Je suis souvent contactée par des étudiant(e)s dans le cadre de mémoire, qui souhaitent avoir des interviews de professionnels. Et pour me souvenir combien il était dur à mon époque et plus récemment par gratitude envers les personnes qui ont consacré du temps aux interviews de ma thèse, bref, je le fais. Parce que je suis curieuse et bavarde et que j’aime bien aider ou parler de mon métier. Rien de très surprenant quand on encourage le partage et qu’on bosse dans le websocial. Sans compter que forcément avec les étudiants que j’ai directement au Celsa et dans d’autres écoles où j’interviens et l’engouement pour le sujet du social media.

Je reste en général agréablement surprise de la variété du sujet, et quand les sujets m’intéressent particulièrement, il m’est arrivé d’accepter d’être maître de mémoire ou rapporteur professionnel, comme celui de Margaux. Et d’en refuser d’autres, c’est intéressant comme expérience, mais cela demande aussi du temps.

Voici, par exemple, un sujet d’une étudiante qui m’a contactée sur Twitter, que je trouve intéressant d’un point de vue sociologique, même si c’est pour un mémoire de recherche d’info/com. La rédaction, n’est donc pas nécessairement adaptée au blog, étant donné que ce n’est pas dans cette perspective que je l’ai rempli, mais le thème rejoint de précédentes discussions, alors.

Pensez-vous qu’il existe des différences entre les comptes Twitter des femmes et ceux des hommes ? (Si oui, lesquelles ?)

Je ne pense pas que les gens sur Twitter se définissent plus qu’ailleurs par leur genre. En revanche, le fait que les femmes soient une minorité, je me suis davantage rendue compte en étant placée dans des listes de « filles 2.0 » ou des #FF spécial girls. Cette classification par sexe est quelque peu étrange quand les recommandations (ndlr : FF) concernent autant des femmes qui parlent de maquillage, de mode ou de marketing. Mais pourquoi pas. Disons que peut-être qu’appartenir à la minorité ait d’une certaine manière un avantage, pour les early adopteuses. En termes de différences, les distinctions se font plutôt par usage (professionnel/perso) et du coup la nature et style de conversation qu’on y entretient. Je pensais que les femmes étaient moins dans la course aux followers, mais finalement avec les effets que j’ai pu voir du classement (Au Féminin), je n’en suis plus convaincue, réellement.
Qu’est ce qu’un twittonaute influe selon vous ?
Je pense qu’on parle plus de « twittos » ou de « twitteuses » et l’idée d’influence, elle est tellement utilisée à tord et à travers qu’elle ne veut rien dire. Si être influent, si avoir un gros score « Klout », cela veut dire valoriser la quantité et la taille du réseau. Pour moi, l’influence, ce n’est pas quelque chose qu’on estime avec des chiffres et en réalité, c’est très dur à estimer, puisque influencer signifie d’être en mesure d’enclencher une réaction ou un comportement qui découle directement de son action. Aussi, un twittos influe, c’est plus quelqu’un dont la réputation fait qu’il est suivi et que son avis peut-être écouté et être prescripteur sur certains sujets, car reconnu comme étant fiable et s’y connaissant. Cette définition ne correspond évidemment pas à tous les « twittos dits influents », on se limite le plus souvent à son audience potentielle, donc le nombre de personnes qui le suivent. On retombe dans des logiques média assez basiques.
Parmi vos followers, le nombre d’hommes est-il plus important que celui des femmes (ou inversement) ?

Je ne me suis jamais posée la question. Je pense qu’il est dans les proportions de Twitter, en réalité. Ce dont je parle n’a pas de sexe. Mais globalement Twitter séduit plus les Hommes et Facebook les femmes. C’est une question d’exposition, entre un réseau personnel et un réseau asynchrone, on ne prend pas le même risque en s’exprimant devant des proches ou des inconnus.
Selon vous, pourquoi les femmes prennent-elles si peu la parole sur le net ?

Je ne pense pas que peu de femmes prennent la parole sur le net. Les femmes sont très utilisatrices des médias sociaux, à voir notamment le succès de Pinterest, qui est un réseau à dominante féminine, spécialement aux states (voir cet article que j’ai partagé ce matin). Allez voir les forums (exceptés geek, peut-être), c’est très féminin, d’où Aufeminin mais aussi Doctissimo. Quant aux communautés, il y a beaucoup de communautés féminines. Cuisine (blogs et 750gr), mode, beauté, littérature, tricot/brico métro boulot, bref la vie. Après, les sujets peuvent paraître très marqués « au féminin » et ça, on n’y coupe pas, ici non plus, les mecs sont globalement moins attirés par le maquillage ;). Si la question est pourquoi les femmes sont moins visibles, en termes de personal branding, je pense que c’est lié à la nature des réseaux utilisés, aussi. Twitter, c’est le réseau média, enfin pour moi, pour celui que je suis c’est globalement : plus de journalistes qui sont des hommes, plus d’entrepreneurs qui sont des hommes, idem encore pour les geeks. Donc tout dépend de la représentativité des communautés sur chaque espace. Ce sont des profils de métiers de gens qui ont besoin d’informations et d’être connectés pour leur travail ou parce qu’ils sont d’une certaine manière isolés (géographiquement et socialement). Beaucoup d’indépendants, de gens qui télé-travaillent de chez eux ou en mobilité. Regardez dans les femmes qui vont tweeter le plus, elles sont beaucoup dans cette position. Et globalement, je pense que la situation familiale et personnelle, et l’âge ont grandement leur incidence, également. Peut-être plus de chance d’être connectée sur twitter le soir, quand on habite seule. A vérifier !
Ou quand elles le font, pourquoi se cantonnent-elles volontairement aux domaines traditionnellement féminins ?

Les communautés se forment autour de passions et de centres d’intérêts. Alors oui globalement y’a plus de blogueuses mode et culinaire et de blogueurs marketing. On le voit aux events. Très fort courant féministe et communautés actives engagées sur ce sujet, sur ces espaces. Notamment des collectifs comme ‘osez le féminisme’ qui comme beaucoup de groupes souhaitent mobiliser autour des questions d’opinion et utilisent les médias sociaux pour sensibiliser. Et beaucoup de réseaux féminins. Girlz In Web, les Mums Preneurs, etc., qui sont étrangement dominés par des profils indépendants ou isolés à domicile. C’est un peu comme rejoindre une pépinière ou faire du co-working. Du coup, cela rejoint davantage le concept de sociabilité et le besoin d’être en réseau, notamment quand on est entrepreneur, on a besoin de partenaires, de clients, de faciliter la visibilité et les échanges, en quelque sorte. Je n’ai pas rejoint de collectifs purement féminins. Je devrais certainement, mais en réalité, je n’ai pas en ce moment le temps pour m’investir à créer de vraies nouvelles relations. Peut-être plus tard. Jusqu’ici, je n’en ai pas eu besoin ou je ne voudrais pas être associée à des réactions qui ne me correspondraient pas. Après, je pense que c’est bien ce qu’y est fait et que les profils des gens qui y sont sont sympas. Je peux être féministe, en dénonçant la faible représentativité des femmes dans les médias, qui jouent toujours le rôle de victime, leur minorité au niveau décisionnel, ce qui conduit nécessairement à une vision masculine de la société. C’est rééquilibrer qui décide qui est important pour avoir une représentation qui correspond plus à la réalité du monde dans lequel on vit. Ça devient politique comme idée, mais regarder dans le milieu politique, c’est parlant. Mais perso, ce n’est pas une de mes revendications. Parce que je ne me définis pas en tant que femme, même si 95% de mes homologues professionnels sur le marché sont des hommes, que cela soit dans les entrepreneurs ou consultants. Après je pense qu’être une femme sur ma spécialité peut être un avantage pour une question de sensibilité et d’affinité avec une audience qui sur les médias sociaux est majoritairement féminine.
Mais la vraie question, c’est de savoir qu’elle est le temps personnel qu’une femme peut consacrer à la « sociabilité en ligne » ? Quand on dit qu’elles ont « la double peine », ben faut avoir le temps pour Twitter, si on a des gamins, qu’on doit faire à manger, c’est compliqué avec un fer à repasser à la main. C’est cette image qui avait été violemment critiquée lors de la sortie du classement Twitter d’Aufeminin et de la tentative d’explication de la sous-représentation des femmes sur Twitter par la responsable du site.
Of course, elle s’est fait huer parce que les propos étaient maladroits. Mais surtout que cette image renvoie une réalité qui n’est pas celle de la majorité des femmes sur Twitter, mais elles ne sont pas en majorité, c’était le propos.
Néanmoins, si elles ne sont pas les plus présentes, c’est aussi parce qu’il y en a beaucoup d’entre elles qui courent toute la journée. Du coup, c’est plus facile de tweeter quand on est célibataire ou sans enfants, 25 ans, jeune cadre dynamique qui bosse en agence de com, si je schématise. Après tout cela évolue, notamment parce qu’il y a beaucoup de femmes qui aspirent à voir évoluer leur manière de travailler. Et que pour celles qui ont le courage ou la possibilité et choisissent de devenir entrepreneur, ben c’est souvent un pari gagnant pour être en mesure de gérer l’équilibre pro et perso comme elles le souhaitent, en disposant de leur propre gestion de leur temps.
Pour voir d’autres articles et expériences sur le blog chez Philippe Couzon et Fadhila Brahimi et partager votre point de vue.
Pour suivre Cecile Cesarini qui réalise son mémoire sur « La prise de parole des femmes sur le net. ».